Lettre du cardinal Grimaldi : Moyen pour obtenir, de la piété et du zèle de Sa Majesté pour l'extirpation de l'hérésie, la démolition du temple de Mérindol

tiré de l'Histoire de Mérindol en Provence, pages 446 à 448, 1939

Mérindol est un lieu du diocèse de Cavaillon distant de 5 lieues de la ville d’Aix. Il est composé de 150 maisons dont 15 sont habitées par des catoliques ; les 135 restantes par ceux de la R.P.R..

Deux raisons establies sur les édicts et déclarations de nos rois et arrest du Conseil intervenus sur le faict de l’exercice de la R.P.R. rendent la démolition du temple de Mérindol, si préjudiciable à toute la Provence, incontestable.

La première consiste en ce que ledit temple de Mérindol se trouve situé dans le milieu dudit bourg par un abus de ceux de la R.P.R. possédans biens au terroir dudit lieu. Car l’ancien temple dudit Mérindol, dont il est faict mention dans la Déclaration de Charles IX de l’an 1570, article 8,  estoit construit dans le fauxbourg dudit Mérindol, distant de 1 000 pas du village. Mais dans la suite, lesdits possédans biens ont construit toutes leurs maisons à l’entour dudit temple, en sorte qu’il est présentement au cœur du vilage, ce qui ne doit plus estre toléré suivant les termes exprès des édicts et déclarations qui n’ont souffert l’exercice de ladite religion que dans des lieux écartés.

Estant remarquable que la construction de ce nouveau vilage tout autour de l’ancien temple ou plustôt la translation de l’ancien vilage, obligea les habitants catoliques dudit lieu de demender aussi la construction de leur nouvelle parroisse dans ledit nouveau vilage, ce qui leur feut accordé [1].

Depuis la bastisse de cette nouvelle parroisse, ceux de la R.P.R. ont de beaucoup augmenté leur ancien temple en sorte que présentement l’église et le temple se trouvent si proche que de l’église on entent chanter dans le temple, et en sortant de l’église et du temple on ne peut esviter le meslange des catoliques avec ceux de la R.P.R., ce qui cause souvent du désordre, surtout lorsque on faict des processions. Et comme l’abus qu’ont faict ceux de la R.P.R. dans la construction de ce nouveau bourg autour dudit temple n’est pas moindre que si on avoit basti le temple dans le bourg, et a causé tout ce désordre, il est juste aussi qu’ils en souffrent présentement la peine par la démolition de leur temple qui se trouve situé en un endroit contraire aux édicts les plus favorables que ceux de ladite religion en ayent obtenu.

En effet, le premier édict qui a permis l’exercice de la R.P.R. en France est celuy de Charles IX, du mois de janvier 1561, dont le 3e article porte que par provision et jusques à ce qu’autrement soit ordonné seront soufertes les assemblées qui se feront de jour hors des viles et bourgs pour faire leurs prêches, prières et autres exercices de leur religion.

Le second édict qui est d’Henry III, de l’an 1577, porte en l’article 8 que l’exercice de ladite religion ne pourra estre faict qu’aux fauxbourgs, lequel édict est d’autant plus exprès qu’ils est consceu en termes négatifs et prohibitifs.

La Conférence de Nérac, du dernier février 1579, confirmée par la Déclaration du mesme roy du 14 mars de ladite année 1579, porte en l’article 2 qu’il est permis à ceux de ladite religion d’achepter et faire édifier des lieux pour faire leur exercice, aux fauxbourgs des viles ou des bourgs et vilages qui leurs sont ou seront ordonnés.

Le quatrième édict qui est celuy d’Henry IV, de l’an 1598, appellé l’Édict de Nantes, porte en l’article 1 qu’aux fauxbourgs d’une ville, outre celles qui avoint esté desjà accordées par le mesme édict, l’exercice de ladite religion pourroit estre faict publiquement.

Touts lesquels édicts marquent expressément que l’intention de nos rois a toujours esté que l’exercice de ladite R.P.R. ne peut estre faict que dehors les villes et vilages pour prévenir les désordres qui se pourroint exciter par le concours des peuples des deux différantes religions dans un mesme lieu, et pour accorder aussi cette honneur et préférance à la religion catholique apostolique et romaine de tenir et occuper le dedans pendent que cette nouvelle religion n’auroit que le dehors.

Joint à tout ce que dessus qu’il y a cela de remarquable au sujet du temple de Mérindol que l’édict de Charles IX, du mois d’aoust 1570, article 8,  qui permit l’exercice de ladite religion à Mérindol porte que ce sera dans les fauxbourgs tant seulement, et néantmoins à présent la porte dudit temple est dans la place publique.

L’Édict de Nantes, par lequel le roy Henri IV accorda quelques nouvelles viles, bourgs et vilages à ceux de la R.P.R. pour y faire leur exercice par-dessus les viles desjà accordées, porte expressément en l’article 11 que les lieux et seigneuries appartenans aux ecclésiastiques ne seroint point compris en cette extension, d’où il est facile de conclure que l’intention de ce roy estoit qu’à l’advenir ceux de ladite religion n’entreprendroint rien de nouveau dans lesdits lieux, en sorte que comme il est défendu d’ériger aucun nouveau temple dans lesdits lieux il n’est pas non plus permis d’augmenter ceux qui s’y trouvoint pour lors ; ainsi c’est une contrevention évidente qu’ont faict lesdits habitants de Mérindol d’avoir agrandi leur temple de plus de la moitié, de leur authorité privée ; car cette nouvelle augmentation dudit temple qui n’a esté faicte que despuis l’année 1650 contient en son assiète 25 canes carrées dans œuvre du costé du midi et elle est fort bien percée, et ce qui reste de l’ancien temple demeure presque abandonné comme mal basti.

Estant mesme remarquable que l’augmentation de ce temple a esté faicte sur les escueries du moulin à huile appartenant à la Communauté, ce qui a esté faict sans aucun titre et par une pure usurpation parce que pour lors ceux de la R.P.R., estants les maistres absolus dans le lieu, confondoint les inthérest de la Communauté avec ceux de la religion et emploioint sans nulle précaution les deniers de la Communauté pour les affaires de leurs religion, ce qui a esté vérifié au sujet d’une maison que ceux de la R.P.R. avoint donné à leur ministre, bien qu’elle appartînt à la Communauté. Et par conséquent cet abus et contrevention à l’édict de Nantes en l’augmentation de ce temple mérite la peine de l’entière ruine dudit temple.

Aussi sur le fondement de cet édict et de l’extension qu’on y a donné par diverses déclarations de Sa Majesté, et arrest du Conseil, plusieurs temples qui se trouvoint construits dans les terres des seigneurs ecclésiastiques longtemps avant cet édict ont esté démolis, ce qui se justifie :

1/ par l’arrest du Conseil du 9 mars 1655, par lequel l’exercice de la R.P.R. feut interdict dans la ville de Pourroy, sur ce seul fondement qu’elle dépend de l’abeye de Clunis, quoy qu’il appareut que l’exercice eut esté faict dans le temple de ladite ville despuis l’année 1578 et qu’il eut resté permis aux habitants de le continuer par un arrest contradictoire du Conseil du 3 mars 1601 ;

2/ la mesme chose a esté jugée au sujet du temple de la ville de Champini, où par l’édict secret de Nantes l’exercice de ladite religion estoit permis, néantmoins par arrest du Conseil du 22 novembre 1642 ledit exercice feut interdit sur ce seul fondement que ladite ville est dépendante de l’évêché de Poitiers ;

3/ il y a encore divers autres arrest du Conseil du 18 mars 1636, 1er avril et 27 jeuillet 1644, et une Déclaration générale de nostre roy heureusement régnant sur ce mesme suject.

Il y a donc lieu d’espérer la démolition entière de ce temple pour le bien et advantage de toute la Provence qui est desjà la moins infectée de cette hérésie que toutes les autres provinces voisines.

La deuxième raison est tirée de ce que ledit lieu de Mérindol appartient à un seigneur ecclésiastique qui est d’ailleurs eslevé en la dignité d’évesque, Mgr l’évesque de Marseille, estant seigneur temporel dudit lieu.



[1] . Note de Brice PEYRE :

Semble inexact. Il y avait déjà des maisons dans le bas Mérindol en 1545. On appelait ce lieu “Les Bastides” (voir Aubéry, p. 25).

Dans la vie du père Antoine, on lit que Mérindol est divisé en trois hameaux : le vieux village, les Bastides, les Borrys. Il est vrai que les habitants du vieux village ont eu une tendance à descendre dans le bas, comme on a pu voir dans les cadastres. Mais de tout temps, il y a eu des maisons dans le bas.

De même, inexact de dire que les catholiques ont demandé la translation de leur église.

En 1659, le père Antoine doit faire ses exercices dans la chapelle du haut - preuve qu’il n’y en avait pas d’autre.

En 1667, il construit une chapelle en bois sur la place, ce qu’il n’aurait pas eu besoin de faire si l’église eût existé. C’est justement sur l’emplacement de cette chapelle que fut construite l’église en question, aux frais d’un protestant.

A cette époque, il n’y a pas de catholiques à Mérindol.

Toute cette argumentation est donc fausse. Même à cette époque, pour faire des processions, on est obligé de faire venir des catholiques du dehors.